A L’INSTANT New

Côte d'Ivoire : Pour une démocratie sans masques et une nation sans tribus



Côte d'Ivoire : Pour une démocratie sans masques et une nation sans tribus Côte d'Ivoire : Pour une démocratie sans masques et une nation sans tribus

En Côte d’Ivoire, la démocratie se conjugue officiellement au pluriel des partis, des discours républicains et des promesses d’unité. Pourtant, sous le vernis de ces idéaux proclamés, la réalité est bien moins reluisante : l'ethnicisme, ce poison lent mais certain, gangrène l'espace politique national. La carte électorale épouse trop fidèlement les frontières ethniques et régionales, et les partis politiques, malgré leurs professions de foi nationales, sont dans les faits enracinés dans des terroirs identitaires bien circonscrits.

Les idéologies ? Elles flottent dans le vide, sans corps ni vigueur. Les programmes de société ? Des brochures décoratives, vite oubliées une fois la joute électorale passée. Le militantisme, lui, est moins souvent nourri par la conviction que par le réflexe tribal. Cette dérive est ancienne, connue, mais elle persiste, voire s'aggrave, à mesure que les clivages s’enracinent et que la méfiance s’installe entre communautés.

 Quand la tribu supplante la République

Les grands partis ivoiriens – qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition – ne sont pas exempts de cette critique. Tous ont bénéficié, à un moment ou un autre, d’un soutien massif et presque exclusif d’une région ou d’un groupe ethnique. Tous se sont défendus, parfois avec une sincérité maladroite, de pratiquer une politique identitaire. Mais les faits sont têtus, les cartes de vote parlent, et la distribution des postes de responsabilité dans reflète très souvent une logique de quota ethno-régional plus qu’un mérite républicain.

Cette préférence non démocratique est d’autant plus pernicieuse qu’elle est rarement assumée, jamais débattue ouvertement. Elle se glisse dans les discours, dans les choix de candidatures, dans les nominations, dans les coalitions. Elle finit par affaiblir la légitimité des institutions et à ruiner la confiance des citoyens dans l’impartialité de l’État.

 Le risque d’un éclatement latent?

Cette tribalisation de la politique n’est pas un simple dysfonctionnement : c’est une menace existentielle pour la nation. Elle sape la cohésion sociale, transforme les élections en référendums communautaires, et dénature la notion même de citoyenneté. L’idée de la nation – une et indivisible – se délite, remplacée par un patchwork d’identités concurrentes, enfermées dans des logiques de représailles, de frustrations ou de clientélisme.

Les conséquences sont lourdes : elles vont de la faiblesse des politiques publiques (puisqu’on gouverne d’abord pour "les siens") à la fragilité de la paix sociale (puisqu’on exclut ou on marginalise "les autres"). L’échec de construire un projet commun ouvre la voie à des aventures populistes, à des tensions chroniques, voire à des violences.

 L’urgence d’un sursaut démocratique 

La responsabilité est partagée. Elle est d’abord celle des leaders politiques, qui doivent refuser l'instrumentalisation des appartenances ethniques comme outil de mobilisation ou de gouvernance. Elle est aussi celle des intellectuels, des journalistes, des religieux et des éducateurs, qui doivent briser les tabous et réconcilier l’identité ivoirienne avec ses diversités.Il est temps d’ancrer la démocratie ivoirienne dans des fondations solides : l’État de droit, l’égalité des chances, la promotion du mérite, le respect des libertés. Il est temps que les partis politiques deviennent de véritables laboratoires d’idées et non des maisons communautaires. Il est temps de faire de la citoyenneté une valeur supérieure à l’ethnie.

La nation à construire reste devant nous

La Côte d’Ivoire mérite mieux que des alliances conjoncturelles fondées sur des calculs ethniques. Elle mérite une vraie démocratie, enracinée dans une culture du débat, du mérite, et de l’inclusion. Cela exige du courage, de l’honnêteté, et une volonté collective de briser les chaînes invisibles du tribalisme politique.

Construire une nation, c’est avant tout créer un sentiment d’appartenance partagé, où chacun, d’Abengourou à Odienné, de Gagnoa à Korhogo, peut se dire : cette nation est la mienne, et sa destinée est aussi la mienne.Le temps du sursaut est venu. Il ne doit pas être repoussé à demain.

Par MEMOUAR D.

Commentaires (0)

Laisser un commentaire